Portraits d'Argenteuillais

Se plie en 4, voire +

Portraits d'Argenteuillais Se plie en 4, voire +

Portraits d'Argenteuillais

Gérard Ty Sovann, maître de l’origami et argenteuillais, expose à l’hôtel de ville jusqu’au 17 janvier. Un orfèvre au bestiaire en papier plié.

Bio

1947 Naissance au Cambodge
1973 Arrivée en France
1985 Installation à Argenteuil
2014 Exposition à l’hôtel de ville

La grâce peut jaillir d’un carré de papier de huit centimètres de côté. S’il est confié à Gérard Ty Sovann, malicieux bonhomme aux doigts de fée. Sans baguette mais à coups de plis, base de l’art de l’origami. Un art d’origine chinoise qui a pris son envol au Japon, intarissable source d’apaisement.

La genèse se déroule au Cambodge, où Gérard est né il y a 67 ans. « C’est ma grand-mère qui m’a initié aux techniques de base », se souvient-il. Il parfait ensuite sa pratique, en solitaire, plie dans un sens, dans l’autre, courbe, pince et raye d’un coup d’ongle. Dans une concentration extrême. Et toujours à partir de carrés, où l’on retrouve « toutes les formes géométriques », rappelle-t-il. Algèbre maintenant : « Un chien, c’est 100 plis et 4 heures de travail. »

Les contraintes qui libèrent. Tarte à la crème de la création ? Plutôt une évidence chez Gérard Ty Sovann. « Comme en musique, au nombre de notes limité, l’on compte des milliers de combinaisons ». Oui milliers. Faire assaut de patience et de persévérance, ne pas tolérer la négligence mais laisser l’imagination galoper. Tout en songeant au pli suivant. Comme aux échecs. « Celui d’il y a quelques minutes, en se retournant, deviendra la queue de l’animal », illustre-t-il.

Un passionné prosélyte : « Je vais publier mon quatrième livre et quand je prends le train, tout le wagon fait des origamis ! » Des panneaux pédagogiques sont d’ailleurs prévus lors de son exposition (voir encadré). Depuis 1987, il vit de son art « des cocottes en papier », qui ont fini par envahir sa maison d’Argenteuil. Grâce aux expos, en réalisant des décors pour le cinéma ou... des marques de luxe comme Vuitton. Un créateur à temps plein qui ne sort jamais sans une réserve de carrés de papier et imagine parfois des plis en pleine nuit.

Gérard se concentre souvent sur la nature, rendant hommage aux merveilles qu’elle offre. Alternant formats microscopiques et sculptures géantes, comme lorsqu’il fait se dresser un éléphant d’une feuille de 80 cm de côté. Son obsession : le détail, donner du volume, rendre les expressions et mouvements des animaux. Il se dit aussi très méticuleux et discipliné : « Je ne coupe pas, je plie ! » Et comme par magie, si l’on déplie chaque oeuvre, l’on retombe... sur un carré ! Poésie pure...