Portraits d'Argenteuillais

Éloge de l’exploration

Portraits d'Argenteuillais Éloge de l’exploration

Portraits d'Argenteuillais

Pierre Ménard anime pendant toute l’année scolaire des ateliers d’écriture auprès d’élèves d’Argenteuil, dont le français n’est pas la langue maternelle. Ces moments déboucheront sur un web-documentaire auquel contribuent également des habitants, les enseignants et des médiathécaires.

Bio

1969 naissance à Ris-Orangis
2010 publication « Comment écrire au quotidien : 365 ateliers d’écriture »
2015 médiation numérique
2016/2017 atelier d’écriture à Argenteuil

Se promener sur le fil du hasard. Comme lorsqu’un collégien part des consignes d’un atelier d’écriture pour ouvrir le champ des possibles. Dans le cadre d’une résidence artistique et culturelle en milieu scolaire mise en place par les médiathèques municipales, Pierre Ménard anime un atelier depuis la rentrée auprès d’élèves primo-arrivants allophones* de l’école et du collège Paul-Vaillant-Couturier. « En début de projet, je me suis contenté de fixer les grandes lignes : travailler dans la durée, faire un web-documentaire sur la ville, en questionnant les habitants sur leur perception de la cité, et les jeunes au profil si particulier et impressionnant. L’un d’eux est par exemple venu seul du Pakistan à pied », rappelle Pierre Ménard. Le fruit de leurs ateliers, un portail numérique, sera présenté en juin et mis en ligne.

Habitué des résidences et des ateliers d’écriture, il a publié un livre numérique sur le sujet. « Je suis bibliothécaire et médiateur sur le numérique, et auteur. J’ai un temps participé à la publication d’une revue pour tablettes. » Et apprécie ce qui n’est pas linéaire. « Le web-documentaire, en ce qu’il permet de coupler les petites formes, des éléments de texte, de son ou de vidéo, correspond parfaitement à cela. Le lecteur construit son parcours et peut décider de ne pas tout voir », détaille Pierre Ménard. Pas étonnant alors de le savoir préparer un projet fou pour la prochaine édition de Nuit blanche, en octobre. Nommé « Les Lignes de désirs », il s’agira de 365 textes de 1 001 caractères, évoquant un homme cherchant sa femme, qui seront diffusés en fonction du chemin emprunté par les « spectateurs » au sein de l’Île-Saint-Louis. Des développeurs élaborent actuellement une application ad hoc.

Espiègle, d’une élégante autodérision – « je travaille lentement » –, il est tenace, multiplie les propositions qui se nourrissent entre elles, se dit curieux et se compare à une éponge. Fan de free (forcément) jazz, livres et images, animées ou pas, ses références confirment qu’il préfère les chemins de traverse de l’artiste multicartes Édouard Levé, du photographe Denis Roche ou du graphisme parfois radical de Jochen Gerner. Loin du vernis, du calibrage mercantile. « Je cherche à créer des contenus spécifiquement conçus pour un nouveau médium, le numérique, qui ne seraient pas bridés par des contingences de rentabilité. » Mais par les fulgurances de l’aléatoire.

* Enfants, jeunes ou adultes venus pour la 1re fois en France et dont la langue maternelle n’est pas le français.