Portraits d'Argenteuillais

Toile de fond

Portraits d'Argenteuillais

Faire du cinéma grand public sans laisser sa conscience à la porte de la salle obscure ? C’est le credo de Jean-Claude Barny, réalisateur autodidacte ayant vécu de nombreuses années à Argenteuil.

Bio

1965 naissance en Guadeloupe
2004 écriture aux Antilles 14 avril 2017, 21h ciné-rencontre au Figuier blanc autour du « Gang des Antillais », en présence de l’équipe du film 21 avril 2017 sortie du DVD du « Gang des Antillais ».

Un boulimique de ciné. Un propos politique. Jean- Claude Barny a grandi à Argenteuil et pourrait bien être né une caméra à la main. Avec une conscience, la caméra. « Dans les années quatre-vingts, nous étions un groupe de passionnés qui passaient leurs mercredis et samedis après-midi au cinéma », confirme l’affable cinéaste, qui visionne encore trois films par jour. Il se souvient d’une époque où le melting-pot culturel était une réalité et « n’avait aucun côté communautaire. Notre bande refusait aussi de tenir les murs, la culture était mise à notre portée, par exemple grâce au
travail formidable de Gabriel* à la bibliothèque ». Ce qui tombe très bien, puisque l’adolescent Jean- Claude entretient un rapport distant avec l’école, l’imaginaire l’emportant sur le bulletin scolaire. « Ma mère l’a tout de suite compris et m’a poussé. Elle m’a par exemple acheté un ordinateur pour que je puisse taper mes premiers scénarios », se rappelle celui qui déjà ressent et veut dire par histoires interposées.

« Je suis né en Guadeloupe, arrivé à 6 ans à Argenteuil. Cela a été un choc social et culturel », sourit-il. L’enrichissement mutuel, le déracinement et les questions d’identité vont jalonner sa réflexion et donc son art. Jean-Claude signe son premier court métrage à 24 ans qu’il tourne avec une bande de potes. Et dans la bande, il y a un certain Mathieu Kassovitz qui va lui mettre « le pied à l’étrier. Je l’ai rencontré quand j’avais 20 ans, dans un bar, en pleine irruption du rap, nous étions les seuls à parler ciné. » Forcément, ça rapproche. Jean-Claude est de « Métisse », le premier long de Mathieu, qui fait appel à l’Argenteuillais pour parfaire le casting du cultissime « La Haine ».

« J’ai appris mon métier sur le tas », rappelle celui qui a été à belle école, notamment comme assistant de Jacques Audiard. En parallèle, il réalise des clips, pour Abd al Malik ou Kassav. Puis change brutalement de cap. « Il y a 13 ans, je suis parti aux Antilles, pour pouvoir écrire ce qui allait devenir mon premier long métrage, « Nèg Maron » [2005], sur la jeunesse antillaise désoeuvrée qui ne connaît pas son passé ». Avec 250 000 entrées, il se fait un nom, tourne des publicités et accepte de tourner la série télé « Tropiques amers », un « gros projet pour France 3 qui finit par cartonner ». Retour presque obligé en métropole, où il a réalisé l’an passé « Le Gang des Antillais », inspiré de l’histoire d’un braqueur des années soixante-dix. « Au-delà de l’intrigue, cela m’a permis de porter un regard humaniste et inédit sur les Antillais. Le manque d’accompagnement des migrations a toujours créé des tensions ».

Et le 3e ? Il évoquera Frantz Fanon, un Martiniquais qui s’est battu, sur le terrain, pour l’indépendance de l’Algérie. Toujours le même sillon artistique et politique.

* Ndlr : G. Lacroix, pilier de la médiathèque Robert-Desnos, à la retraite depuis fin 2015.