Portraits d'Argenteuillais

L’enchanteur

Portraits d'Argenteuillais

Artiste dans l’âme, magicien reconnu, le malicieux Francis Pallas joue avec la réalité. À 80 ans, il intervient encore dans des structures médicales pour égayer le quotidien des patients.

Bio

1937 naissance à Épernay
1986 installation à Argenteuil
1997 retraite professionnelle
2018 arrêt de la scène.

Nœud papillon, chevalière dorée, sourire prévenant et voix douce... Francis Pallas est une invitation au voyage. Pas besoin de visa, juste se laisser aller, se laisser guider dans un univers un peu parallèle par l’élégant Argenteuillais. Un univers de cartes, de cercles de métal qui s’enchevêtrent et de transmissions de pensée. Francis Pallas est magicien...

Véridique, on a testé et on n’a toujours pas compris comment il avait pu lire 8 de cœur dans notre cerveau. En revanche, tout est clair dans ses souvenirs : l’origine de son monde magique se situe de l’autre côté de la Méditerranée. « J’ai été appelé pendant la guerre d’Algérie, et suis parti avec mon violon dont je jouais depuis l’enfance. Mais la chaleur l’abîmait, il a littéralement été rapatrié en France », sourit-il. Sa fibre artistique tisse alors un nouveau costume, pailleté qui sait. « Un officier franco-canadien, qui donnait des spectacles de magie dans les zones de combat pour divertir les troupes, avait pris conscience de l’habileté de mes doigts et m’a proposé de devenir son aide sur scène. Ça a fait tilt tout de suite. » Pour preuve, alors qu’il ne devait rester qu’un an, il ne rentrera que 32 mois plus tard, et avec une lettre de recommandation dans la sacoche kaki pour les magiciens français. Pourtant, il ne deviendra jamais professionnel, se contentant d’entretenir une passion, de devenir une sommité dans le domaine, tout en poursuivant son activité professionnelle de directeur artistique dans une agence de pub à Colombes. Où sa gouaille et son côté théâtral font mouche, face à des clients prestigieux, à l’instar de Chanel. Mais revenons à nos lapins. « Je venais de prendre ma retraite, un ami m’a demandé de remplacer un magicien malade. Il faisait des spectacles dans les hôpitaux et les maisons de retraite pour l’association Les Blouses roses », rappelle Francis. Il y est toujours et forme même ses magiciens. Avec ses foulards, ses cartes et ses tours de close-up et de mentalisme. Il est d’ailleurs membre fondateur de l’ordre des mentalistes européens.

Le rêveur sait être carré : « J’avais les boules de voir les enfants souffrir sur leur lit. Et quand je rentre après les avoir vus sourire, je trouve que la vie est belle ! » Et elle doit être superbe quand le gamin n’a pas déridé depuis des mois. Cela dit sans négliger ses autres publics, puisqu’il s’est longtemps produit au Jardin des saules à Argenteuil, dans les accueils de loisirs municipaux ou pour des séminaires d’entreprise. La magie est omniprésente : «On apprend toujours. Je me forme en permanence. Un tour de magie, c’est comme un caillou que l’on va façonner pour en faire un diamant.» Facétieux, il sait qu’un bon spectacle doit aussi reposer sur le jeu, raconter une histoire. Malheureusement, à 80 ans, il va devoir arrêter la scène pour préserver son cœur, mais certainement pas abandonner Les blouses roses.