Portraits d'Argenteuillais

Coeurs vaillants

Portraits d'Argenteuillais

A 91 et 96 ans, Louise et Roger Huet viennent de fêter leurs noces d’ocre. Le couple exemplaire aux 71 ans de vie commune méritait un portrait.

Bio

21 septembre 1921 : naissance de Roger

25 juillet 1926 : naissance de Louise

31 mai 1947 : mariage à Argenteuil

31 mai 2018 : noces d’ocre, à Argenteuil toujours

«Comment est-ce possible ?» Pour Annie, fêter ses 71 ans de mariage est une énigme. Et le cœur de l’énigme, c’est le couple formé par ses parents, qui ont donc fêté leurs noces d’ocre, le 31 mai, en repassant officiellement devant Monsieur le Maire.

Le même jour, mais en 1947, Roger épousait Louise à Argenteuil, leur ville de toujours. La ville où ils se sont rencontrés pendant la guerre. « C’était à la gare, puisqu’ils travaillaient tous les deux à la Sncf», rappelle Annie, la cadette de leurs trois enfants. Ils s’installent alors dans la maison familiale dans le quartier d’Orgemont. Si Monsieur fait toute sa carrière dans les chemins de fer, achevée en 1977 comme chef de la gare de marchandises de Saint-Lazare, Madame se consacre rapidement à ses enfants. Lorsqu’il quitte la vie du rail, Roger le pince sans rire reçoit le diplôme du «plus grand déconneur.» Un déconneur qui a son caractère. «Ma mère est patiente », résume malicieusement Annie. Donc Roger sait ce qu’il veut et n’a pas envie une fois en retraite de rester les bras croisés à regarder pousser son potager qui lui est si cher. Bien décidé à rester actif encore quelques années – « la coupure aurait été trop brutale » –, il tient à être en « contact avec des jeunes » et surveille ponctuellement des examens, avant, avec Louise cette fois, d’accompagner la vie de collégienne d’une de leurs petites-filles.

Et pour faire une pause ? Roger se triture les méninges sur des grilles de mots croisés. Un dada qui galope dans les veines de cet homme logique, « qui aime bien ces trucs tarabiscotés. » De son côté, Louise, « toute en douceur » et néanmoins « décidée », n’est pas manchote. Surtout lorsqu’elle a une aiguille à tricoter dans chaque main. «Elle réalise des vêtements pour tout le monde, avec des motifs et des torsades incroyables », salue sa fille. Ajoutons ses talents de cuisinière, qui oublie ses 92 ans quand il s’agit de passer derrière les fourneaux – le bœuf au vin rouge reste mémorable... Si elle sait mettre un repas en musique comme personne, elle connaît aussi la chanson. «Elle a toujours chanté. Notamment à table. Elle connaît des tas de vieilles ritournelles.» Quant à Roger, il se contente d’écouter la musique des autres : dingue de Charles Trenet, il l’est aussi de Renaud, au point d’aller le voir en concert. On a connu des grands-pères moins rock’n’roll. Le couple à la longévité exemplaire partageant le goût du théâtre de boulevard. Roger, lui, s’était même piqué d’informatique, allant jusqu’à faire des tableaux Excel pour suivre ses comptes bancaires. Il avait 80 piges. Chapeau bas.

Annie souligne également l’engagement du couple auprès de ses enfants. « Nous avons la maman que tout le monde rêve d’avoir ! » Au fil des ans, le tandem de choc a vu naître trois petits-enfants et le 27 janvier dernier, un arrière-petit-fils, prénommé Eliott. Le socle de cette famille, ne serait-ce pas ce couple inséparable, qui traverse les années ?