Portraits d'Argenteuillais

Parler franc

Portraits d'Argenteuillais

Figure de l’école Jules-Ferry pendant 30 ans, fan de lecture et de reliure, Solange Peté n’a eu de cesse de s’engager dans la ville. À 90 ans, elle n’a rien perdu de son doux mordant.

Bio

1927 naissance à Paris XIIIe
1930 installation à Argenteuil
Années 1960 débuts en reliure
1985 retraite de l’Éducation nationale.

"C'est un caractère ! " Les mots sont de Thérèse, une amie. « Je n’ai pas eu d’enfant pour garder mon indépendance ! », confirme Solange. C’est dit. Solange Peté, aussi avenante et ouverte soit-elle, ne se laisse pas marcher sur les pieds, malgré ses 90 ans. Dans son enfance, même combat. Arrivée à Argenteuil à 3 ans, elle y fait toute sa scolarité et, en toute logique, « il ne fallait pas me chatouiller ». Après le cours complémentaire, elle entre à l’École normale, « pas par vocation », mais se révèle dans l’enseignement. Quand était-ce ? Dans un large sourire : « Ah les dates… Il ne faut pas me les demander. » Nous voilà beaux, un portrait sans dates.

Après quatre ans à Beaumont-sur-Oise, puis quelques années dans divers établissements argenteuillais, Solange va travailler une trentaine d’années à Jules-Ferry, avec notamment « un directeur exemplaire, Gilbert Allouche. » Elle va surtout marquer les esprits, officiant en CP ou CE1, proposant beaucoup de travaux manuels, même du bricolage, s’occupant des fêtes d’école… Bref : elle s’implique et sait écouter. « Tous les élèves voulaient aller chez elle », assure Thérèse, qui la connaît depuis quarante ans. Ils profitaient de sa connaissance encyclopédique du quartier d’Orgemont, qu’elle n’a jamais quitté – elle habite toujours la maison que ses parents y ont construite en 1930. « Je sais beaucoup de choses grâce aux livres », ajoute cette grande lectrice qui dévore et collectionne les bouquins. Sa maison en regorge : slalomer entre les piles est un exercice délicieusement périlleux. « J’adore les biographies, les livres historiques, les romans aussi. » Quelques décennies plus tard, elle « pique » encore régulièrement quelques ouvrages dans la boîte à livres de la Maison locale des jeunes et de la culture (MJC). Tiens, importante cette MJC, où elle est un pilier de l’atelier Reliure, dont elle est membre depuis sa création dans les années 1960. Les premiers coups de cisaille ont été donnés dans la cave de l’ancien centre culturel, qui abrite aujourd’hui quelques studios de répétition du conservatoire et Les Ateliers du 5. Solange Peté aura croisé de sacrés profils dans cet atelier. « Par exemple, Annie Dupont-Beauchais, grande résistante qui n’a pas attendu le 25 août 44 pour s’engager », lance-elle avec ses mots qui font mouche. C’est un bonheur. Pas acide, simplement lucide. Ainsi, après un déménagement de l’atelier au sein de la MJC : « Tout le monde était content, moi pas du tout ! »

Plus largement, elle qui s’est énormément investie dans les associations de quartier d’Argenteuil, en a « fait signer des pétitions ! » D’ailleurs, parlez-lui politique, elle tonitruera, iconoclaste : « Contrairement aux autres, plus je vieillis, plus je suis anarchiste ! » Ça aussi, c’est dit.