Portraits d'Argenteuillais

Icones pop

Portraits d'Argenteuillais

Teinter le profane de sacré et à l’inverse, secouer l’art trop souvent placé sur un piédestal… À 49 ans, l’artiste Stéphane Martin expose ses toiles ces jours-ci dans un restaurant du centre-ville.

Bio

1970 naissance à Nanterre
2000 exposition collective au Musée d’art moderne de la ville de Paris
2014 installation à Argenteuil

Il maîtrise l’art du contrepied avec un talent certain, teinté d’une bonne dose de malice et d’une pointe de douce provocation. Stéphane Martin peint. Depuis toujours. Et expose ses dernières oeuvres à la brasserie Au Bout du bar jusqu’au 31 juillet. Ses toiles surprennent, questionnent. Ainsi lorsqu’il peint un boxeur, le traite-t-il comme une icône. « J’utilise la feuille d’or afin d’aborder le profane avec ce code de la peinture sacrée », confirme-t-il. La dizaine d’oeuvres présentées dans l’exposition suit trois axes d’inspiration. Les icônes donc, et la lucha libre*, où il applique le même traitement aux lutteurs mexicains qu’il magnifie, sans oublier des sujets plus personnels comme Primo Carnera, champion du monde de boxe dans les années 1930, manipulé par les fascistes avant de tomber dans l’oubli. « Je suis d’origine italienne : je ne peins donc pas le boxeur mais une Italie fantasmée. » Où l’on croise d’autres “IdoIes”, titre de l’exposition, comme l’actrice, italienne elle aussi, Monica Vitti.

Stéphane Martin croit au potentiel des anachronismes, joue aussi avec les codes de la culture populaire. Son Primo Carnera affichant des airs de Vincent Cassel, dans la scène du film La Haine où il se prend pour Robert de Niro, lui-même devant son miroir ruminant la phrase « You talkin’ to me ? » dans Taxi Driver.

Savoir que le père ouvrier de cet Argenteuillais peignait, comme son grand-père, éclaire sa conception de l’art. Désacralisée, la technique y est importante, comme le temps passé par l’artiste artisan dans son atelier.

Après des études d’arts plastiques, Stéphane s’était orienté vers la communication et le graphisme digital tout en peignant. « Sans avoir le courage d’essayer d’en vivre. » Il est pourtant régulièrement exposé. En 2000, ce fut même au Musée d’art moderne de la ville de Paris, au sein d’une installation de Bertrand Lavier. « J’ai beaucoup travaillé ces derniers mois, j’avais donc le désir de montrer mes toiles. Si on ne crée que pour soi, c’est mortifère. » Des œuvres qui, « pour être réussies, doivent dépasser le projet et me surprendre. »

Grand curieux, évoquer des choses violentes avec douceur l’anime et brouiller les pistes le ravit. Alors, lorsque cet adepte du contrepied dessine son propre tatouage, il trace trois hibiscus rouges. « Je désirais avoir une fleur sur moi, qu’un homme porte des fleurs… »

*Catch mexicain