Portraits d'Argenteuillais

Éveiller les consciences

Portraits d'Argenteuillais Éveiller les consciences

Portraits d'Argenteuillais

Elle n’a pas trente ans mais déjà autoédité plusieurs romans. L’Argenteuillaise Asiya Bathily y dénonce les violences faites aux femmes.

Bio

1990 Naissance à Saint-Denis
2007 École d’infirmières à Ivry-sur-Seine
2017 & 2019 Vies volées et Réapprendre à vivre, disponibles sur Lulu.com et Bookelis.com
2018 Installation à Argenteuil.

Féministe ? « Carrément ! J’assume à 100 %. » Asiya Bathily a placé au cœur de deux de ses romans, Vies volées et Réapprendre à vivre, les violences faites aux femmes, notamment sexuelles. Elles sont aussi le fil conducteur de son engagement militant et de sa propre vie. L’Argenteuillaise, qui signe parfois sous le pseudonyme Tisha Ivana, a mis des années pour ne serait-ce qu’envisager se reconstruire après avoir été victime d’un viol. Reconstruction dont participent ses écrits. « J’ai pris la plume dès que j’ai su lire. Des poèmes et formes courtes dans un premier temps puis, à 18 ans, je me suis lancée dans des romans, et je contribue à présent au blog Reines des temps modernes. Son but : sensibiliser aux souffrances des victimes et à l’impérieuse nécessité de réveiller et transformer la société. J’avais l’impression qu’on n’en parlait jamais. Alors que depuis le début de l’année, on recense une centaine de féminicides."

La jeune auteure pointe également la culture du viol, la peur des réactions, le découragement face au risque de l’absence de suites judiciaires qui empêchent de nombreuses femmes de déposer plainte. « Le politique doit s’emparer de ces questions pour qu’on développe des accompagnements, médicaux, psychologiques… afin de rompre l’isolement. » Militante de terrain, elle intervient régulièrement dans des associations et songe même à devenir aidante. Asiya voyant la libération de la parole post #MeToo comme l’explosion d’une cocotte-minute débordante d’un abyssal silence.

L’humanisme de cette grande lectrice, fan de théâtre, se nourrit également de sa vie professionnelle. Infirmière, elle ne conçoit pas son métier dans l’urgence, en hôpital par exemple, mais comme le moyen de tisser un lien quotidien avec les patients. « Je travaille pour un laboratoire d’Argenteuil et pratique essentiellement des prises de sang. Je peux écouter, accompagner, d’autant qu’ils suivent parfois une chimiothérapie qui nécessite des analyses hebdomadaires. » Elle se déplace aussi à domicile, où les patients livrent une part d’intimité qu’elle sait capter, recueillir presque, avec la délicatesse et la discrétion qui sourdent de ses paroles, gestes et regards. Il n’étonnera donc personne d’apprendre aussi qu’elle a effectué, il y a quelques années, une mission de six mois dans une association d’éducation populaire…