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Libération de Paris et de sa banlieue... Argenteuil se souvient aussi…

Reportages Libération de Paris et de sa banlieue... Argenteuil se souvient aussi…

Reportages d'actualités Le 25/08/2017

Le 25 août 1944, Paris est libérée. Dans les jours qui suivent, de nombreuses villes de banlieue, dont Argenteuil, affrontent les soldats nazis qui décampent dans la précipitation, notamment devant l’avancée de la division Leclerc. Souvent improvisés, les combats de rue font rage, semant la désolation autour d’eux, autant chez de simples civils, que d’authentiques résistants ou de combattants aguerris.

Le 27 août dernier, avait lieu à Argenteuil la traditionnelle commémoration de la Libération de Paris et de sa banlieue. Une cérémonie toujours divisée en deux temps, l’un marquant le sacrifice de trois officiers argenteuillais sur la petite butte Balmont ; l’autre, au cimetière de Calais, rappelant plus largement la résistance d’Argenteuil à l’invasion nazie, le souvenir de ses morts et de tous ceux tombés au cours de la Seconde Guerre mondiale. La manifestation est conjointement organisée par le Comité d’entente des anciens combattants et la Ville.

L’épisode concernant les trois officiers argenteuillais suppliciés et tués par un détachement nazi non militaire est ici relaté par Philippe Métézeau, adjoint au maire d’Argenteuil. Rappelant le contexte d’avant-guerre, il en a fait lecture sur le site même de l’événement, où une stèle est élevée à la mémoire des fusillés (aujourd’hui accessible à l’arrière du parking de la cité Balmont ou depuis l’arrière du magasin Grand Frais).

Par ailleurs, Orlando Del Zappo – l’un des (rares) Français à avoir entendu l’appel du Général de Gaulle à la BBC en juin 1940 – est venu participer à la 2e partie de cérémonie. Né en 1914 en Allemagne, il vit à Argenteuil depuis 1918. Malgré son grand âge – 103 ans ! –, Orlando raconte volontiers ce qu’il a vécu pendant la Seconde Guerre mondiale, alors qu’il était mobilisé dans l’armée française entre 1939 et 1940. La rédaction de « L’Argenteuillais Le mag. » (juin 2010) l’avait justement interviewé à ce propos.

C.Algret

[allocution de M. Métézeau]

« La commémoration de la libération d'Argenteuil et du sacrifice des capitaine Chauvelot, commandant Doué et lieutenant Morels au lieu-dit Balmont, ce dimanche 27 août, est l'occasion de rappeler le rôle joué par Radio-Cité, et la place qu'a tenu Argenteuil dans l'aventure de la radio.

Il y a 80 ans, le conseil municipal d'Argenteuil autorisait l'installation des studios de Radio-Cité, et de son émetteur suffisamment puissant pour diffuser largement ses programmes sur toute l'Île-de-France. Son créateur Marcel Bleustein-Blanchet avait du négocier ferme avec le maire Victor Dupouy pour vaincre l'opposition de la Ville, mais un don de 30 000 francs au bénéfice des activités sociales avait facilité les choses.

Radio-Cité, entièrement financée par la publicité, va alors connaître un développement très important auprès d'un public populaire. Cette station lance des émissions qui deviendront "émissions cultes", comme l'on dira plus tard : la Famille Duraton, Sur le banc, Le crochet radiophonique, la minute de Saint-Granier, les chansonniers… – reprises après la guerre sur Radio-Luxembourg devenue RTL). Des écoliers d'Argenteuil, en particulier des écoles Sadi-Carnot et Jules-Ferry, participent aussi à certaines émissions... Des artistes de renom ou alors débutants participeront à ses programmes : Tino Rossi, Édith Piaf, Pierre Dac... alors que Charles Trenet chante les réclames !

Mais Radio-Cité, c'est aussi une station d'information. Elle innove. Elle retransmet pour la première fois dans l'histoire de la radio une soirée électorale, donnant en 1936 les résultats des élections législatives au fur et à mesure qu'ils arrivent. Pour la première fois, les Français ne devront pas attendre tard dans la nuit ou le lendemain matin pour connaître le nom de leur député ! En outre, l'audience de Radio-Cité et sa renommée lui permettent d'obtenir des scoopsavant la lettre, comme donner la composition du Gouvernement en direct ; et c'est encore à Radio-cité que le président du Conseil Léon Blum réserve son premier commentaire en direct lors de l’Anschluss (ndlr : invasion de l’Autriche par l’Allemagne en mars 1938).

Moins dramatique, Radio-Cité est aussi la première station à suivre toutes les étapes du Tour de France.

C'est donc une grande radio populaire, qui tient aussi une grande place à Argenteuil, en associant à ses programmes les élèves des écoles Sadi-Carnot ou Jules-Ferry, et qui organise des galas de variétés, au cinéma d'Orgemont (dont les locaux transformés existent toujours).

Mais la guerre arrive. Elle affecte durement la grande liberté dont jouissait Radio-Cité. Elle reçoit aussi l'obligation de retransmettre des émissions en tchèque, italien, roumain et anglais. Et lorsque le 20 mai 1940, le pays subit l'invasion allemande, la station reçoit l'ordre de cesser toute diffusion d'émissions de divertissement et de ne diffuser que des bulletins d'information, des actualités et des émissions en langues étrangères. Elle se tait volontairement le 13 juin 1940, veille de l'arrivée des Allemands à Paris.

On comprend que les Allemands veuillent réutiliser Radio-Cité pour leur propre compte. À la signature de l’armistice, tous les émetteurs situés en zone occupée passent sous contrôle allemand. Radio-Cité ne fait pas exception et relaie les émissions de Radio-Paris, noyée sous la propagande nazie... Radio-Cité comme Radio-Paris ("Radio-Paris ment... Radio-Paris est allemand" ) mentira pendant toute la guerre à son corps défendant.

À la Libération, "reprendre" Radio-Cité est donc pour la Résistance un impératif. C'est la mission qui est confiée aux capitaine Chauvelot, commandant Doué et lieutenant Moreels. Ils rencontrent des officiers de l'armée allemande, casernés à l'école d'Orgemont, et obtiennent qu'ils abandonnent Radio-Cité. Ils conviennent d'un rendez-vous pour cette reddition mais sont malheureusement trahis par des indiscrétions, et se retrouvent le jour dit face à des responsables nazis, armés, ne respectant pas la parole des militaires. Le détachement nazi les assassinera et abandonnera leurs corps suppliciés à l'endroit où nous sommes. Les nazis feront ensuite sauter les pylônes émetteurs. Seuls persistent encore aujourd'hui les blocs de béton qui fixaient les émetteurs. Radio-Cité est définitivement réduite au silence.

Alors, inutile le sacrifice de ceux que nous célébrons aujourd'hui ? Non. Il doit être associé à d'autres opérations similaires qui se déroulaient en d'autres lieux pour libérer d'autres émetteurs – Paris, Rueil-Malmaison, Villebon, Neuilly, Gare de l'Est, porte de Saint-Cloud… Ces autres émetteurs, heureusement libérés, permettront par exemple la retransmission du premier discours solennel du Général de Gaulle radiodiffusé en dehors de la BBC, l’intervention restant connue de tous, grâce au reportage effectué par Michel Droit à l'Hôtel de ville de Paris.

On a pu y entendre – et cela est présent dans nos mémoires – le Général de Gaulle ému devant " Paris outragée ! Paris brisée ! Paris martyrisée ! " Mais célébrer "Paris libérée ! Libérée par elle-même, libérée par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l'appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat (...)". La France avait retrouvé sa voix.

Oui, Argenteuil peut associer fièrement le sacrifice du commandant Doué, du capitaine Chauvelot, du lieutenant Moreels à la France qui se bat, à la France libérée. »

Images

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