Portraits d'Argenteuillais

Épure et pur

Portraits d'Argenteuillais

À 80 ans, pionnier mondial du street-art, Zloty continue de créer. Longtemps argenteuillais, il est prêt à tout pour conserver une liberté totale, entre honnêteté artistique, desseins d’avenir et humour décapant.

Bio

1940 Naissance à Paris

1963 Premiers Éphémères, en Grande-Bretagne

1964 Installation à Argenteuil

2021 Retour à Argenteuil ?

Modeste et drôle, il se dit cabot mais on n’en croit rien. Gérard Zlotykamien, dit Zloty, qui a habité et travaillé des dizaines d’années à Argenteuil – « grâce à ma dame qui est toujours dans cette maison » –, est un des pionniers mondiaux de l’art urbain. Peu de gens le savent, tout comme lui s’en fout, ainsi que de la reconnaissance du marché de l’art. Autodidacte, adepte de l’autodérision, sa passion pour l’image naît à l’adolescence. « J’admirais ce qui était exposé dans les galeries et je passais des dimanches au Musée d’art moderne de la ville de Paris. Je ne comprenais pas tout et c’est justement ce qui me fascinait. »


S’il couche ses premières oeuvres sur des toiles, Zloty investit rapidement l’espace urbain, peignant murs, devantures ou palissades avec tout ce qu’il trouve avant de découvrir les bombes aérosols. « Je cherche l’économie de moyens et de support. »

En homme libre, « totalement », il multiplie les petits boulots, devenant cadre pour un grand magasin parisien. « Je voulais faire vivre ma peinture, même si elle ne me faisait pas vivre. » Ses oeuvres, concrétisées après un long travail en atelier, investissent Argenteuil, dont il voulut un temps faire le centre mondial du street-art, et des villes du monde entier et finalement musées et galeries comme, depuis quelques années, la parisienne Mathgoth. En perpétuelle quête d’une délicate simplicité, très attaché à l’honnêteté intellectuelle, Zloty « souhaite réaliser des images compréhensibles par toutes les cultures. »

Des oeuvres hantées par Les Éphémères, personnages fantomatiques inspirés des victimes de la bombe atomique, qui rappellent les horreurs dont l’être humain est capable. On pense à Miró, pour ce souci de l’épure, à l’émotion du dessin au trait, à la puissance du détail qui sidère. Ses créations sont donc bien éphémères, par ses immenses fresques, comme celle réalisée à Paris en 2019* et un projet en gestation à Argenteuil…


Humble, il cite beaucoup, et quand il emprunte, ne s’en cache pas. Ainsi le philosophe du XIIe siècle, Bernard de Chartres : « Nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants. » Comprendre, peut-être, qu’il faut apprendre de nos maîtres et avancer, plutôt que de les copier. Zloty est enfin un optimiste qui pratique un art poétique, libre donc et léger. « Oui, c’est cela, je suis léger », se marre-t-il…

* 44 rue du Dessous-des-Berges, Paris XIIIe